Compromis de vente : délai dépassé par l'acheteur, que faire ?
Non, la vente n'est pas annulée d'office. Sauf clause de caducité expresse, la date butoir du compromis est indicative : l'acheteur reste engagé, et vous aussi. Vous pouvez signer un avenant qui fixe une nouvelle date, ou le mettre en demeure de signer puis faire constater sa carence chez le notaire. Le délai minimum entre compromis et vente dépend surtout de son prêt.

Date butoir dépassée : la vente est-elle annulée ?
Dans la grande majorité des compromis, non. La loi laisse les parties fixer librement la date de signature de l'acte définitif, et ce qui compte est la façon dont cette date est écrite. Relisez la clause intitulée « réitération », « réalisation » ou « date de signature de l'acte authentique » : c'est elle qui décide de votre situation, pas le calendrier.
Deux rédactions existent, avec des effets opposés. Le notaire qui a rédigé l'acte vous dira en quelques minutes laquelle figure dans le vôtre ; demandez-le par écrit, car sa réponse guidera tout le reste.
Date indicative : le compromis survit au retard
C'est le cas le plus fréquent. La date sert de point de départ et non de couperet : une fois passée, le compromis reste valable, l'acheteur doit toujours acheter et vous devez toujours vendre. Celui qui veut sortir de la vente doit d'abord mettre l'autre en demeure de signer, puis agir en justice si rien ne bouge. Un retard de quelques jours ou de quelques semaines ne libère donc personne.
Date extinctive : le compromis tombe à la date prévue
Si le compromis précise que, faute de signature à la date fixée, il sera « caduc » ou « nul et non avenu », la date est extinctive. Le dépassement met alors fin au contrat sans autre formalité, sauf prolongation acceptée par les deux parties. La Cour de cassation l'a jugé pour une condition de prêt non réalisée à la date prévue : le vendeur n'ayant pas accepté de report, la promesse était caduque (3e chambre civile, 29 mai 2013, n° 12-17.077).
Du compromis à la date butoir
- Jour 0Compromis signé
- Le vendeur ne peut plus se rétracter
- L'acheteur a 10 jours pour se rétracter
- 1 mois au moinsDélai pour le prêt
- Distinct de la date butoir de l'acte
- Souvent le premier délai dépassé
- Date butoirDate prévue pour l'acte
- Choisie librement par les parties
- La clause de réitération décide de la suite
- Après la dateIndicative ou extinctive ?
- Indicative : le compromis survit
- Extinctive : le compromis tombe
- Sauf report accepté par les deux parties
Pourquoi l'acheteur ne signe-t-il pas à la date prévue ?
Trois causes reviennent. La plus courante est le financement : la banque n'a pas encore émis l'offre de prêt, ou l'acheteur attend la fin de son délai de réflexion. La deuxième tient au dossier du notaire : réponse de la mairie sur le droit de préemption, état hypothécaire, documents de copropriété. La troisième, plus rare, est un acheteur qui hésite ou cherche à renégocier.
Avant d'accuser l'acheteur, vérifiez si la date était tenable. Avec un prêt, plusieurs délais fixés par la loi s'enchaînent et aucun ne peut être raccourci : une date butoir fixée à six semaines de la signature est souvent dépassée sans que personne ait commis de faute. Le graphique compare la durée de chacun de ces délais.
Source : Service-Public.fr, fiches F2965 (vérifiée le 10 avril 2026) et F16123, lues le 2 novembre 2026 ; Code de l'urbanisme, article L213-2 (préemption)
Le prêt de l'acheteur n'est pas obtenu à temps : que se passe-t-il ?
Tout dépend de la condition suspensive de prêt et de la façon dont l'acheteur l'a respectée. Le compromis lui laisse un délai pour obtenir son crédit, qui ne peut pas être inférieur à un mois à compter de la signature (article L313-41 du Code de la consommation). Ce délai est distinct de la date butoir de l'acte, et c'est souvent lui qui est dépassé en premier. Deux cas se présentent, et un arrêt récent en précise la limite ; pour savoir lequel est le vôtre, demandez à l'acheteur les pièces listées à la fin de cette partie.
Le prêt est refusé alors que l'acheteur a fait les démarches prévues
La condition est défaillie et le compromis tombe. Service-Public le résume ainsi : si les conditions suspensives ne se réalisent pas, la somme versée par l'acheteur lui est rendue intégralement. Vous ne pouvez rien réclamer, mais vous retrouvez la liberté de vendre à quelqu'un d'autre, une fois la caducité constatée par écrit.
L'acheteur n'a pas demandé le prêt, ou pas celui du compromis
Un acheteur qui dépose sa demande en retard, demande un montant plus élevé que celui du compromis ou une durée plus courte ne peut pas se cacher derrière le refus. L'article 1304-3 du Code civil répute la condition accomplie lorsque celui qui y avait intérêt en a empêché la réalisation. L'acheteur reste alors tenu d'acheter, ou de payer la pénalité prévue s'il refuse.
Ce que précise l'arrêt du 24 septembre 2026
La Cour de cassation a rappelé une limite à cette règle (3e chambre civile, 24 septembre 2026, n° 24-16.732, commenté par Le Mag juridique le 30 septembre 2026). Une condition ne peut être réputée accomplie qu'à titre de sanction contre celui qui était engagé sous cette condition et en a empêché la réalisation. Quand la condition protégeait le vendeur et que l'acheteur l'a fait échouer, elle n'est pas réputée accomplie : le vendeur peut seulement demander réparation de son préjudice.
- La date de dépôt de chaque demande de prêt, comparée au délai fixé dans le compromis.
- Le montant, la durée et le taux demandés, qui doivent correspondre à ceux du compromis.
- Le nombre de banques sollicitées, si le compromis en impose un.
- Les lettres de refus des banques, datées et nominatives.
- La date de réception de l'offre de prêt, si une banque a accepté.
Faut-il accepter de prolonger le compromis ?
Si le retard vient du prêt ou du notaire et que l'acheteur est sérieux, prolonger est souvent la solution la plus rapide : une procédure contre un acheteur défaillant prend des mois, une prolongation quelques jours. Service-Public prévoit cette possibilité, à condition de passer par un avenant écrit, signé comme le compromis lui-même.
Profitez de l'avenant pour reprendre la main. Fixez une nouvelle date courte et rendez-la extinctive, précisez si la condition de prêt est prolongée ou levée, et négociez une indemnité si le retard vous coûte (double charge de crédit, loyer, déménagement). Un accord donné au téléphone ou par simple courriel laisse place au doute : c'est l'absence d'acceptation expresse du report par le vendeur qui a rendu la promesse caduque dans l'affaire jugée en 2013.
« Les parties peuvent prévoir de prolonger les délais initiaux. Un avenant au contrat est alors établi dans les mêmes conditions que le contrat initial. »
Comment obliger l'acheteur à signer l'acte de vente ?
Quand l'acheteur ne répond plus ou refuse de signer, il faut créer la preuve de sa défaillance avant toute action. Les étapes ci-dessous se suivent dans cet ordre ; sauter l'une d'elles affaiblit votre dossier devant le juge, et c'est le notaire qui vous accompagne pour la plupart.
- 1
Relecture : clauses et délais
Vérifiez avec le notaire que la rétractation de 10 jours est purgée, que les conditions suspensives sont réalisées ou expirées et que vous avez vous-même rempli vos obligations (diagnostics, pièces).
- 2
Mise en demeure : un dernier délai
Adressez à l'acheteur une lettre recommandée qui rappelle le compromis et lui fixe une date pour signer (article 1344 du Code civil). Sans elle, son retard n'est pas juridiquement constaté.
- 3
Sommation : rendez-vous chez le notaire
Faute de réponse, faites-lui délivrer par commissaire de justice une sommation de comparaître à une date et une heure précises à l'étude du notaire.
- 4
Procès-verbal de carence
S'il ne vient pas ou refuse de signer, le notaire dresse un procès-verbal qui constate son absence ou son refus. C'est la pièce centrale de la suite.
- 5
Choix : vente forcée ou rupture
Avec un avocat, choisissez entre l'exécution forcée de la vente et la résolution du compromis assortie de la pénalité prévue et de dommages et intérêts.
Vente forcée, clause pénale, dépôt de garantie : que peut obtenir le vendeur ?
Le compromis vaut vente dès que les parties sont d'accord sur le bien et le prix (article 1589 du Code civil). Vous pouvez donc demander au juge de forcer la vente (article 1221) : le jugement vaut alors acte de vente. La voie est sûre en droit mais longue, et elle ne règle pas la question de l'argent si l'acheteur n'a pas de financement.
Vous pouvez aussi rompre le compromis et être indemnisé. Une idée fausse circule pourtant : la clause pénale ne s'applique pas automatiquement à son montant. Le juge peut la réduire si elle est manifestement excessive, ou l'augmenter si elle est dérisoire (article 1231-5 du Code civil). Le tableau résume les quatre recours possibles.
| Recours | Ce que vous obtenez | À savoir |
|---|---|---|
| Exécution forcée | La vente, au prix prévu | Procédure longue, acheteur parfois insolvable |
| Clause pénale | Le montant fixé au compromis | Le juge peut le réduire ou l'augmenter |
| Dépôt de garantie | Souvent 10 % du prix | Bloqué chez le notaire tant que dure le litige |
| Dommages et intérêts | Votre préjudice prouvé | Crédit relais, loyers, baisse du marché |
Quand pouvez-vous remettre le bien en vente ?
Pas avant que le premier compromis soit éteint, et pouvoir le prouver. Tant qu'il vit, le premier acheteur peut réclamer le bien : signer un second compromis vous exposerait à deux ventes pour une seule maison, et à indemniser l'un des deux acheteurs.
Trois situations vous libèrent : une rupture amiable signée par l'acheteur, qui règle le sort du dépôt de garantie ; une caducité acquise (date extinctive ou condition de prêt défaillie), constatée par écrit par le notaire ; une décision de justice qui prononce la résolution. Dès que vous avez l'une de ces pièces, vous pouvez relancer la vente, y compris par une vente immobilière rapide si le temps perdu pèse sur votre projet.
Et si c'est le vendeur qui dépasse la date butoir ?
Les règles s'appliquent dans les deux sens. Le vendeur est engagé dès la signature du compromis et ne peut pas se rétracter, sauf clause de dédit. Si le retard vient de lui, l'acheteur peut à son tour le mettre en demeure, faire dresser un procès-verbal de carence, demander la vente forcée, récupérer son dépôt et réclamer des dommages et intérêts (frais de dossier bancaire, prolongation d'un loyer).
Le retard du vendeur a souvent une cause concrète, qu'il vaut mieux traiter avant la date butoir qu'après. La plus délicate est celle d'un bien détenu à plusieurs : pour vendre une maison en indivision, la signature de chaque indivisaire est nécessaire le jour de l'acte.
Une pièce manque
Diagnostic expiré, document de copropriété ou d'urbanisme absent : le notaire ne peut pas signer. Faites le point avec lui un mois avant la date butoir.
Un crédit reste à solder
Si le bien porte une hypothèque, la banque doit chiffrer le remboursement avant l'acte. Demandez ce décompte dès la signature du compromis.
Un vendeur se ravise
Un vendeur qui ne veut plus vendre reste tenu par le compromis. L'acheteur peut obtenir la vente forcée par jugement, et des dommages et intérêts.
Comment éviter que la date butoir soit dépassée ?
La plupart des dépassements se voient venir plusieurs semaines à l'avance. Le plus sûr est de fixer une date réaliste au compromis, puis de suivre le dossier de près, sans attendre la veille pour découvrir qu'une pièce manque. Quelques réflexes suffisent dans la plupart des cas.
Si votre calendrier ne supporte aucun retard (achat d'un autre logement, départ à l'étranger, succession à régler), le financement de l'acheteur est le premier risque à écarter. Choisir de vendre à un investisseur immobilier qui achète sans condition de prêt supprime ce délai, en échange d'un prix généralement plus bas.
- Fixez la date butoir en comptant les délais légaux, et non une date ronde choisie par habitude.
- Rédigez une clause qui rend la date extinctive après un délai de grâce, si votre projet en dépend.
- Demandez à l'acheteur la copie de ses demandes de prêt dès qu'elles sont déposées.
- Préparez vos documents (titre, diagnostics, copropriété) avant même la signature du compromis.
- Faites un point écrit avec le notaire un mois avant la date prévue.
- Si un report devient inévitable, signez l'avenant avant la date, et non après.
Comment nous avons établi ce guide
Nous avons lu le 2 novembre 2026 la fiche Service-Public sur la promesse de vente d'un logement existant (F2965, vérifiée le 10 avril 2026), onglet compromis déplié, et la fiche sur l'obtention d'un crédit immobilier (F16123). Les deux arrêts cités viennent de leurs commentaires publiés (LegalNews pour celui du 29 mai 2013, Le Mag juridique pour celui du 24 septembre 2026). Nous avons aussi lu les neuf pages les mieux placées sur ces questions pour vérifier ce qu'elles affirment : la plupart présentent la clause pénale comme automatique, ce que l'article 1231-5 du Code civil dément. Ce guide donne une information générale ; pour un litige, seul un avocat ou votre notaire peut lire votre compromis.
Questions fréquentes
Que faire si le prêt est refusé après la date butoir ?
Si le refus arrive après la date limite de la condition de prêt, l'acheteur doit prouver qu'il avait déposé à temps des demandes conformes au compromis. S'il l'a fait, la condition est défaillie et son dépôt lui est rendu. S'il a tardé, le vendeur peut soutenir que la condition est réputée accomplie et réclamer la pénalité prévue.
Quel est le délai maximum entre compromis et vente ?
La loi ne fixe pas de maximum pour un compromis : les parties choisissent la date de l'acte. Trois mois sont l'usage avec un prêt. Si le vendeur est un particulier et que le compromis, prolongations comprises, dépasse 18 mois, il doit être signé chez le notaire (Service-Public, F2965).
Le vendeur peut-il garder le dépôt de garantie si l'acheteur ne signe pas ?
Oui si l'acheteur renonce sans pouvoir invoquer la rétractation ou une condition suspensive. Mais la somme est bloquée sur le compte du notaire, qui ne la verse au vendeur qu'avec l'accord écrit des deux parties ou sur décision de justice.
Le notaire peut-il retarder la signature de l'acte ?
Oui, quand une pièce manque : réponse de la mairie sur la préemption, état hypothécaire, document de copropriété. Beaucoup de compromis prévoient alors que la date est reportée jusqu'à réception de ces pièces. Ce retard n'est imputable à aucune des parties et ne permet à personne de rompre la vente.
Combien de temps le vendeur a-t-il pour agir contre l'acheteur ?
L'action en exécution du compromis ou en paiement de la pénalité se prescrit par 5 ans à partir du jour où le vendeur a connu le refus de l'acheteur (article 2224 du Code civil). Attendre fige le bien : mieux vaut lancer la mise en demeure dans les semaines qui suivent la date butoir.
Sources
- Service-Public.fr : promesse de vente d'un logement existant, promesse unilatérale ou compromis (F2965)
- Service-Public.fr : je veux obtenir un crédit immobilier (F16123)
- Le Mag juridique : condition suspensive empêchée par l'acquéreur, Cass. civ. 3e, 24 septembre 2026, n° 24-16.732
- Le Monde du droit (LegalNews) : caducité d'une promesse synallagmatique de vente, Cass. civ. 3e, 29 mai 2013, n° 12-17.077


