Peut-on vendre un bien après une donation ? Donateur et donataire
Non pour le donateur, oui pour le donataire. La donation transfère la propriété tout de suite et sans retour : celui qui a donné ne peut plus vendre, sauf annulation en justice ou usufruit gardé. Celui qui a reçu peut vendre dès l'acte signé, sans délai d'attente, sauf clause d'inaliénabilité, droit de retour ou réserve d'usufruit, qui imposent l'accord du donateur. Sources vérifiées en novembre 2026.

Le donateur peut-il vendre un bien donné en donation ?
Non. Une donation transfère immédiatement la propriété au donataire, rappelle Service-Public, et elle ne peut pas être révoquée en principe. Le jour où l'acte est signé chez le notaire, le parent qui a donné la maison n'en est plus propriétaire : il ne peut ni la vendre, ni l'hypothéquer, ni la donner une seconde fois. Un compromis qu'il signerait seul serait la vente du bien d'autrui.
Deux situations lui laissent un rôle. S'il a gardé l'usufruit, il reste titulaire d'un droit sur le bien et doit signer toute vente de la pleine propriété avec le donataire, comme pour vendre une maison en usufruit reçue d'une autre façon. Si l'acte contient une clause d'inaliénabilité ou de retour, la vente ne peut pas se faire sans lui. Dans les deux cas, il ne vend pas seul : il donne son accord à une vente décidée avec le propriétaire.
Pour reprendre le bien, le donateur doit faire annuler la donation par le tribunal judiciaire. La loi ne le permet que dans trois cas, chacun avec son délai, et les juges vérifient que les faits sont assez graves. Le droit de retour joue à part : si l'enfant qui a reçu meurt avant le parent sans laisser de descendant, le bien revient au parent de plein droit.
Charges non tenues : 5 ans
L'acte oblige le donataire à loger ou soigner le donateur et il cesse de le faire : le donateur demande l'annulation au juge dans les 5 ans suivant l'arrêt des charges.
Ingratitude : 1 an
Tentative de meurtre, délits ou injures graves, refus d'aide alimentaire après la donation : le donateur saisit le juge dans l'année qui suit le jour où il a connu les faits.
Naissance d'un enfant : 5 ans
Si l'acte le prévoit, une donation faite sans enfant peut être annulée après une naissance ou une adoption plénière, dans les 5 ans qui suivent, sauf entre époux.
Le donateur a gardé l'usufruit : qui peut vendre ?
Beaucoup de parents donnent leur maison en gardant l'usufruit : l'enfant reçoit la nue-propriété, le parent garde le droit d'habiter la maison ou d'en toucher les loyers jusqu'à son décès. Chacun ne possède alors qu'une partie des droits. L'enfant peut vendre sa nue-propriété seule et le parent son usufruit seul, mais très peu d'acheteurs s'y intéressent. Pour vendre la maison entière, il faut les deux signatures sur le même acte.
Le prix se partage ensuite entre le parent et l'enfant. Les deux peuvent fixer la répartition d'un commun accord ; à défaut, le barème fiscal de l'article 669 du Code général des impôts sert de référence et dépend de l'âge de l'usufruitier. À 60 ans, l'usufruit vaut 50 % de la pleine propriété, selon l'exemple donné par la Chambre des notaires de la Gironde.
Au décès du parent, l'usufruit s'éteint et l'enfant devient plein propriétaire sans droits supplémentaires à payer. Il peut alors vendre seul, sous réserve des clauses de l'acte et de l'accord de ses frères et sœurs, traités plus bas.
Après une donation, peut-on vendre tout de suite ?
Oui. Le donataire est propriétaire dès la signature de l'acte notarié, et ni le Code civil ni les fiches de Service-Public lues pour ce guide ne fixent de délai d'attente avant une revente. Une maison reçue en mars peut être mise en vente en avril. Ce qui bloque une vente, ce n'est jamais le calendrier : ce sont les clauses écrites dans l'acte de donation et la protection des autres enfants du donateur.
Avant de signer un mandat ou un compromis, demandez une copie de l'acte de donation au notaire qui l'a reçu et cherchez quatre mentions : réserve d'usufruit, interdiction d'aliéner (ou clause d'inaliénabilité), droit de retour conventionnel, et la liste des enfants qui ont participé à l'acte. Le tableau ci-dessous dit, pour chaque cas, qui doit signer la vente et ce qui la débloque.
Qui signe la vente d'un bien reçu par donation (Service-Public F1404, article 900-1 du Code civil, réponse ministérielle du 9 avril 2019, lus le 7 novembre 2026)
| Ce que prévoit l'acte | Qui signe la vente | Ce qui débloque la vente |
|---|---|---|
| Pleine propriété, sans clause | Le donataire | Accord des héritiers réservataires |
| Réserve d'usufruit | Donataire et donateur | Vente conjointe, prix réparti |
| Clause d'inaliénabilité | Donataire et donateur | Renonciation ou autorisation du juge |
| Droit de retour conventionnel | Donataire et donateur | Renonciation du donateur à l'acte |
Qu'est-ce qu'une clause d'inaliénabilité dans une donation ?
C'est la clause par laquelle le donateur interdit au donataire de vendre, de donner ou parfois d'hypothéquer le bien pendant une période fixée. Elle sert souvent à garder une maison de famille dans la famille, ou à protéger un enfant jeune ou endetté. Elle n'est valable qu'à deux conditions, posées par l'article 900-1 du Code civil depuis 1971 : être temporaire, par exemple jusqu'au décès du donateur, et reposer sur une raison sérieuse.
Une clause perpétuelle, ou sans motif réel, peut donc être contestée. Tant qu'elle est valable, le donataire ne peut pas vendre : la clause doit être levée avant la signature, par le donateur ou par le juge.
Lever la clause avec l'accord du donateur
La voie la plus simple : le donateur renonce à la clause, par écrit, et intervient à l'acte de vente. La Cour de cassation a même jugé, le 5 décembre 2018 (pourvoi n° 17‑28.130), que des parents qui avaient signé l'hypothèque de la maison donnée avaient accepté par là que la banque puisse la faire vendre. Le notaire préfère toutefois une renonciation expresse, écrite dans l'acte.
Sans son accord : demander l'autorisation au juge
Si le donateur refuse, est hors d'état de s'exprimer ou introuvable, le donataire peut saisir le juge. L'article 900-1 lui permet d'être autorisé à vendre quand la raison qui justifiait la clause a disparu, ou quand un intérêt plus important l'exige, par exemple payer une maison de retraite ou éviter une saisie. L'acte ne peut pas le priver de la donation pour avoir fait cette demande : une telle sanction est réputée non écrite.
« Les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. »
Pourquoi le notaire demande-t-il l'accord des frères et sœurs ?
Parce qu'un parent ne peut pas donner plus que la quotité disponible : la moitié de son patrimoine avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois ou plus, d'après Service-Public. Le reste, la réserve, revient obligatoirement aux enfants. Une donation trop généreuse à l'un d'eux peut donc être réduite au décès du parent, et cette réduction peut aller jusqu'à atteindre l'acheteur de la maison.
Le mécanisme se déroule en cinq temps. Il ne vise l'acheteur qu'en dernier recours, quand le donataire ne peut pas payer ce qu'il doit. C'est ce dernier temps que le notaire neutralise en faisant signer l'acte de vente par les héritiers réservataires, comme le rappelle la réponse du ministère de la Justice publiée au Journal officiel du 9 avril 2019. Le notaire fait la même vérification dans toute vente maison succession : un frère qui refuse de signer ne bloque pas la vente, mais il la rend moins sûre pour l'acheteur.
- 1
Décès du donateur : réserve calculée
La réserve des enfants se calcule sur les biens laissés au décès et sur ceux donnés du vivant du parent, maison donnée comprise (Service-Public F1404).
- 2
Action en réduction : 5 ans
L'enfant privé de sa part agit dans les 5 ans suivant le décès, ou dans les 2 ans après avoir découvert l'atteinte, 10 ans au plus après le décès (article 921 du Code civil).
- 3
Indemnité payée par le donataire
En principe, celui qui a reçu la maison verse une indemnité en argent à ses frères et sœurs : la réduction se fait en valeur (article 924 du Code civil).
- 4
Donataire insolvable : bien réclamé
S'il ne peut pas payer, les héritiers réservataires peuvent réclamer le bien à l'acheteur lui-même, après avoir poursuivi le donataire (article 924-4 du Code civil).
- 5
Accord à l'acte : acheteur protégé
Les héritiers qui interviennent à l'acte de vente et y consentent ne peuvent plus agir contre l'acheteur (article 924-4, alinéa 2, réponse ministérielle du 9 avril 2019).
Quelle plus-value payer sur un bien reçu par donation ?
Le calcul part de la valeur écrite dans l'acte de donation, pas du prix que le parent avait payé à l'origine. Service-Public le formule ainsi : pour un bien reçu par donation, « le prix d'acquisition correspond à la valeur retenue pour le calcul des droits de donation ». Une maison sous-évaluée dans l'acte pour réduire les droits produit donc une plus-value plus forte à la revente. La résidence principale du donataire reste exonérée, comme pour tout vendeur.
La durée de détention, qui ouvre droit aux abattements, court à partir de la date de l'acte de donation, précise la doctrine fiscale (BOFiP, BOI-RFPI-PVI-20-20). Vendre la maison six ans après l'avoir reçue donne 6 % d'abattement sur l'impôt de 19 % ; après 22 ans, l'impôt sur le revenu disparaît, et après 30 ans les prélèvements sociaux de 17,2 % aussi.
Les frais de donation : seulement s'ils ont été payés par le donataire
Plusieurs guides affirment que seuls les héritiers peuvent ajouter les droits payés au prix d'acquisition. C'est inexact : le BOFiP autorise, pour une donation comme pour une succession, à majorer la valeur de l'acte des frais de notaire, de publicité foncière et des droits de donation, pour leur montant réel. Une condition compte : ces frais doivent avoir été payés par le donataire. Les droits réglés par le parent à la place de l'enfant ne s'ajoutent pas (BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20, § 90).
Exemple chiffré d'une revente dix ans après la donation
Exemple fictif. Une fille reçoit en mars 2016 une maison évaluée 180 000 € dans l'acte et règle elle-même 3 000 € de frais d'acte. Elle la vend 250 000 € en mars 2026. Plus-value brute : 250 000 moins 183 000, soit 67 000 €. Après 10 ans, l'abattement est de 30 % pour l'impôt (base 46 900 €, impôt 8 911 €) et de 8,25 % pour les prélèvements sociaux (base 61 472 €, 10 573 €). Total : 19 484 €. Si ses parents avaient payé les frais, la plus-value aurait été de 70 000 € et la facture de 20 357 €, soit 873 € de plus.
Source : Service-Public F10864 (barème des abattements) et BOFiP BOI-RFPI-PVI-20-20 (départ à la date de l'acte de donation), lus le 7 novembre 2026
Donation-partage : peut-on vendre après le décès du donateur ?
Oui, et c'est souvent plus simple qu'avant. Au décès du parent, l'usufruit qu'il s'était réservé s'éteint, le droit de retour conventionnel ne peut plus jouer puisque l'enfant lui a survécu, et une clause d'inaliénabilité limitée à la vie du donateur tombe d'elle-même. L'enfant qui a reçu un lot dans une donation-partage est alors seul propriétaire de ce lot et peut le vendre.
Reste la question des frères et sœurs. Dans une donation-partage, chaque enfant reçoit en général son lot dans le même acte, et beaucoup d'actes contiennent déjà une renonciation des enfants à réclamer le bien à un acheteur. Si l'acte n'en prévoit pas, le notaire peut demander leur intervention à la vente pendant les délais de l'action en réduction. Un enfant peut aussi y avoir renoncé par avance, du vivant du parent, dans un pacte successoral signé devant deux notaires (Service-Public F16251).
Si le bien reçu est détenu à plusieurs, par exemple une maison donnée à deux enfants en indivision, la vente suit les règles de l'indivision : il faut l'accord de tous les indivisaires ou, si le refus de l'un d'eux met en péril l'intérêt commun, une autorisation du juge (article 815-5 du Code civil).
Vendre un bien reçu par donation : par où commencer ?
Dans l'ordre : l'acte de donation d'abord, pour repérer les clauses ; puis les signatures nécessaires, celle du donateur s'il a gardé l'usufruit ou imposé une clause, celles des frères et sœurs si le notaire les demande ; enfin la vente elle-même. Réunir ces accords avant de chercher un acheteur évite qu'un compromis signé reste bloqué des mois faute d'une signature familiale.
Le reste du calendrier est celui de toute vente : diagnostics, compromis, puis acte authentique, avec un délai entre compromis et acte qui dépend surtout du financement de l'acheteur. Quand la famille a besoin du prix rapidement, pour payer une maison de retraite ou solder un partage, les solutions de vente rapide maison (investisseur, marchand de biens, réseau d'acheteurs sans prêt) raccourcissent cette dernière étape, au prix d'une décote.
Avant de vendre un bien reçu par donation
- Avant toutRelire l'acte de donation
- Copie demandée au notaire qui a reçu l'acte
- Usufruit, inaliénabilité ou droit de retour
- Liste des enfants qui ont participé à l'acte
- Avant le mandatAccord du donateur
- S'il a gardé l'usufruit ou imposé une clause
- Il signe la vente avec le donataire
- Avant l'annonceAccord des frères et sœurs
- Si le notaire demande leur intervention
- Leur accord à l'acte protège l'acheteur
- Accords réunisVente comme une autre
- Diagnostics, compromis, puis acte authentique
- Délai lié surtout au financement de l'acheteur
Questions fréquentes
Est-il possible de vendre un bien reçu par donation avec usufruit ?
Oui, mais pas seul. Le donataire ne possède que la nue-propriété : il peut la vendre seule, ce qui intéresse peu d'acheteurs, ou vendre la maison entière avec le parent usufruitier, les deux signant le même acte. Le prix se répartit entre eux d'un commun accord ou d'après le barème fiscal fondé sur l'âge de l'usufruitier.
Faut-il attendre un délai avant de vendre un bien reçu en donation ?
Non. Le donataire est propriétaire dès la signature de l'acte notarié et aucun délai minimal n'est prévu par les textes. Le délai qui compte est fiscal : la durée de détention part de la date de la donation, et l'abattement sur la plus-value ne commence qu'après la cinquième année.
Le donateur peut-il récupérer le bien si le donataire meurt avant lui ?
Oui dans deux cas. Si l'enfant meurt sans descendant, le droit de retour légal ramène le bien au parent. Si l'acte prévoit une clause de retour conventionnel, le bien revient au donateur dès que le donataire meurt avant lui, qu'il ait des enfants ou non (Service-Public F1404).
Quel est le délai pour contester une donation ?
Pour un enfant privé de sa réserve, l'action en réduction s'exerce dans les 5 ans suivant le décès du donateur, ou dans les 2 ans après la découverte de l'atteinte, sans dépasser 10 ans après le décès. Pour le donateur lui-même, l'annulation pour ingratitude se demande dans l'année qui suit la connaissance des faits.
Combien coûte une donation de maison chez le notaire ?
Trois postes s'additionnent : les droits de donation, sauf exonération ou abattement ; les frais de publicité foncière, dus pour tout bien immobilier ; les émoluments du notaire, proportionnels à la valeur du bien, soit 0,998 % hors taxes (1,1976 % TTC) sur la part qui dépasse 60 000 € (Service-Public F1404).
Sources
- Service-Public.fr : faire une donation, effets, quotité disponible, annulation et droit de retour (F1404)
- Service-Public.fr : impôt sur le revenu, plus-value immobilière (F10864)
- Service-Public.fr : renoncer par avance à une partie de son héritage, pacte successoral (F16251)
- BOFiP : plus-values immobilières, majoration du prix d'acquisition, frais d'acquisition à titre gratuit (BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20)
- BOFiP : plus-values immobilières, abattement pour durée de détention et date d'acquisition (BOI-RFPI-PVI-20-20)
- Sénat : proposition de loi relative aux clauses d'inaliénabilité, texte de l'article 900-1 du Code civil (13 mai 1971)
- Assemblée nationale : question écrite n° 18076 sur l'article 924-4 du Code civil, réponse du ministère de la Justice (JO du 9 avril 2019)
- Notaires de France : l'action en réduction, comment un héritier réservataire peut contester une libéralité excessive
- Chambre des notaires de la Gironde : la donation de biens immobiliers


