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Peut-on vendre une maison insalubre, fissurée ou en mauvais état ?

Oui. Aucune loi n'interdit de vendre une maison insalubre, fissurée ou en mauvais état, même lorsqu'un arrêté du maire ou du préfet la vise. Deux règles tiennent la vente : dire par écrit à l'acheteur tout ce que vous savez (arrêté, fissures, sinistre sécheresse indemnisé) et lui remettre les diagnostics. Un défaut caché lui ouvre un recours pendant 2 ans après sa découverte.

Une longue fissure qui descend en escalier sur un mur enduit blanc, avec de fines fissures secondaires
Photo Lallaoke, Unsplash, licence Unsplash

Insalubre, en péril ou en mauvais état : qu'est-ce qui change pour la vente ?

Tout dépend d'une question simple : une autorité publique a-t-elle pris un arrêté sur la maison ? Sans arrêté, une maison abîmée, humide ou fissurée se vend comme n'importe quel bien ancien, au prix que son état justifie. Le guide pour vendre une maison avec travaux détaille ce cas général, diagnostics et clause de non-garantie compris.

Avec un arrêté, la maison porte une obligation de travaux qui la suit. Deux procédures existent depuis l'ordonnance du 16 septembre 2020, qui a rapproché leurs règles : l'insalubrité, qui relève du préfet et menace la santé des occupants, et la mise en sécurité, nouveau nom du péril, qui relève du maire et vise la solidité du bâtiment. Le tableau ci-dessous dit, pour chaque situation, qui décide et ce que l'acheteur doit recevoir.

SituationQui décideÀ remettre à l'acheteur
Mauvais état, sans arrêtéPersonneDiagnostics, défauts connus
Arrêté d'insalubritéPréfet, après rapport de l'ARSArrêté, rapport, travaux prescrits
Arrêté de mise en sécuritéMaireArrêté, rapport, travaux prescrits
Procédure d'urgenceMaire ou préfetArrêté, mesures déjà exécutées
Fissures de sécheresseÉtat (arrêté CatNat)État des risques, indemnité reçue

Peut-on vendre une maison déclarée insalubre ?

Oui, l'arrêté de traitement de l'insalubrité n'interdit pas la vente. Il oblige le propriétaire, ou le titulaire de droits réels sur le bien, à réaliser les mesures prescrites dans le délai fixé, qui ne peut pas être inférieur à 1 mois après la notification. Celui qui achète prend cette qualité de propriétaire : il reprend la maison avec ses obligations, ce qui explique pourquoi il doit les connaître avant de signer et pourquoi le prix en tient compte.

Un arrêté publié au fichier immobilier

À la demande du préfet, l'arrêté est publié au fichier immobilier ou au livre foncier dont dépend la maison. Le notaire le trouve donc en consultant la publicité foncière, comme il trouve une hypothèque : le taire ne sert à rien, il apparaîtra dans le dossier et l'acheteur pourrait reprocher au vendeur son silence. La levée suit le même chemin : une fois les travaux constatés, le préfet prend un arrêté de mainlevée, lui aussi publié.

Vendre ne suspend ni les délais ni l'astreinte

Mettre la maison en vente ne gèle rien. Si les travaux ne sont pas faits à temps, le préfet peut fixer une astreinte d'au plus 1 000 € par jour de retard, due jusqu'à leur exécution complète, et faire réaliser les travaux d'office aux frais du propriétaire. Quand la maison est en indivision, les indivisaires paient l'astreinte solidairement. Une vente qui traîne coûte donc chaque jour au vendeur qui reste propriétaire.

« Lorsque le bien devient vacant après la date de notification de l'arrêté de traitement d'insalubrité, la personne tenue d'exécuter les mesures reste obligée de les réaliser dans le délai fixé par l'arrêté. »

Service-Public.fr, Habitat insalubre ou habitat indigne (F16158, vérifiée le 12 juillet 2024), lu le 4 novembre 2026

Comment se déroule un arrêté d'insalubrité ou de mise en sécurité ?

Les deux procédures suivent le même calendrier, que l'arrêté vienne du préfet (insalubrité) ou du maire (mise en sécurité). Savoir à quelle étape se trouve votre dossier dit ce que vous devez annoncer à un acheteur : un rapport en cours n'a pas les mêmes effets qu'un arrêté notifié ou qu'une astreinte déjà courue.

  1. 1

    Signalement : par tout moyen

    Toute personne qui constate une situation dangereuse doit la signaler au maire (péril) ou au préfet (insalubrité). Les services visitent les lieux entre 6 heures et 21 heures.

  2. 2

    Rapport : 15 jours pour répondre

    Le rapport des services municipaux, de l'ARS ou du service d'hygiène est mis à disposition du propriétaire, qui peut présenter ses observations pendant au moins 15 jours (2 mois pour un syndic).

  3. 3

    Arrêté : 1 mois minimum

    L'arrêté prescrit réparation, démolition ou interdiction d'habiter, avec un délai d'au moins 1 mois. En cas de danger imminent, il est pris sans échange préalable.

  4. 4

    Retard : astreinte et travaux

    Faute de travaux, une astreinte d'au plus 1 000 € par jour s'applique et l'autorité peut faire exécuter les mesures d'office, aux frais du propriétaire.

  5. 5

    Mainlevée : fin de l'arrêté

    Les travaux faits, le maire ou le préfet constate leur achèvement et prend un arrêté de mainlevée, publié au fichier immobilier.

Peut-on vendre une maison sous arrêté de péril ?

Oui, et la loi prévoit même des contrats qui libèrent le propriétaire de ses obligations. L'arrêté de mise en sécurité, qui a remplacé l'arrêté de péril, vise un bâtiment dont les murs ou la structure n'offrent plus la solidité nécessaire à la sécurité des occupants ou des voisins. En urgence, le maire peut demander au tribunal administratif un expert, qui se prononce dans les 24 heures ; la démolition exige l'autorisation du président du tribunal judiciaire.

Service-Public cite trois montages qui transfèrent les travaux prescrits à l'autre partie, en plus d'une vente classique à un acheteur informé. Vous pouvez par exemple vendre sa maison en viager à charge pour l'acheteur, appelé débirentier, d'exécuter les travaux et, si besoin, d'héberger les occupants. Les mêmes règles valent sous arrêté d'insalubrité.

Vente à un acheteur informé

L'acheteur reçoit l'arrêté et le rapport avant le compromis, puis devient le propriétaire tenu des travaux. Le prix déduit leur coût.

Vente en viager

Le débirentier paie un bouquet et une rente, et se charge des travaux prescrits. L'occupant peut rester sur place si les travaux le permettent.

Bail emphytéotique

Un bail de 18 à 99 ans confie la maison à un preneur qui fait les travaux en échange d'un loyer faible. Vous restez propriétaire au terme du bail.

Bail à réhabilitation

Un organisme HLM, une société d'économie mixte ou une collectivité fait les travaux dans un délai fixé, puis loue la maison pendant le bail.

Peut-on vendre une maison fissurée ?

Oui, une maison fissurée se vend librement : aucun texte n'impose de réparer avant la vente, et la plupart des fissures ne déclenchent aucun arrêté. Ce que la loi exige, c'est que l'acheteur sache. Une fissure masquée par un enduit frais ou par un meuble devant le mur devient un défaut caché, et c'est cette dissimulation, bien plus que la fissure elle-même, qui expose le vendeur à un recours.

Fissures connues : les écrire dans le compromis

Décrivez les fissures dans le compromis : où elles se trouvent, depuis quand, si elles bougent, ce qui a déjà été fait. Joignez ce que vous avez : rapport d'expert, devis, photos datées, échanges avec l'assureur. Un défaut écrit dans l'acte est un défaut connu de l'acheteur, qui ne pourra plus soutenir qu'il était caché.

Fissures de sécheresse : l'indemnité se déclare

Si votre maison a été indemnisée après une catastrophe naturelle, sécheresse comprise, l'état des risques remis à l'acheteur doit le mentionner, rappelle le site officiel Géorisques. Un état des risques absent ou faux le jour de la signature peut conduire à l'annulation de la vente ou à une baisse du prix. Les fissures dues au retrait des argiles relèvent de la garantie catastrophes naturelles, qui a versé 20,8 milliards d'euros pour la sécheresse entre 1982 et 2022.

Part des sinistres sécheresse selon l'époque de construction de la maison
11 %
7 %
24 %
58 %
Avant 19211921 à 19451946 à 1975Après 1976

Source : Géorisques, ministère de la Transition écologique, Les risques naturels en France : chiffres clés (édition 2023), lu le 4 novembre 2026

Que risque le vendeur qui cache l'état de la maison ?

Il risque la garantie des vices cachés. Le Code civil (articles 1641 à 1649) vise un défaut non apparent au moment de l'achat, déjà présent, qui rend le bien impropre à l'usage prévu ou en diminue très fortement l'usage. L'acheteur peut alors garder la maison et obtenir une baisse du prix, ou la rendre et récupérer le prix. Il dispose de 2 ans à partir de la découverte du défaut, dans la limite de 20 ans après la vente.

Un vendeur qui connaissait le défaut doit en plus des dommages et intérêts, et la clause qui écarte la garantie, courante dans une vente en l'état, ne le protège pas s'il savait. La Cour de cassation a même admis la garantie quand le dommage touche un bâtiment voisin du même vendeur : le 25 septembre 2025 (pourvoi n° 23-23.070), des acheteurs ont été indemnisés parce que le plafond rouillé de la cave contiguë menaçait de s'effondrer et les a obligés à quitter leur maison le temps de l'étayer.

Le calendrier du recours de l'acheteur

  1. Jour de la venteVente signée
    • Défaut déjà présent mais non apparent
    • Exclure la garantie ne protège pas si vous saviez
  2. Après la venteDéfaut découvert
    • Bien impropre à l'usage ou usage très réduit
    • Point de départ du délai de 2 ans
  3. Dans les 2 ansRecours possible
    • Garder la maison avec une baisse du prix
    • Ou la rendre et récupérer le prix
    • Dommages et intérêts si vous saviez
  4. Vente + 20 ansFin du recours
    • Le délai de 2 ans s'arrête à cette limite
Sources : Code civil, articles 1641 à 1649 ; Service-Public.fr, fiche F11007 (garantie des vices cachés), lue le 4 novembre 2026.

Quels documents remettre à l'acheteur d'une maison en mauvais état ?

Le dossier se prépare avant la première visite : l'état des risques doit d'ailleurs être remis dès cette visite, selon Géorisques. Plus il est complet, moins l'acheteur a de raisons d'appliquer une décote de précaution, et moins il aura d'arguments plus tard. La liste ci-dessous couvre une maison sous arrêté comme une maison simplement abîmée.

  • La copie de l'arrêté d'insalubrité ou de mise en sécurité, avec le rapport qui l'a précédé et les courriers de la mairie ou de la préfecture.
  • Le dossier de diagnostic technique complet, dont le DPE, l'amiante, le plomb et l'état de l'électricité et du gaz selon l'âge du logement.
  • L'état des risques à jour, avec la mention des indemnités reçues après une catastrophe naturelle.
  • Le rapport d'un expert en fissures ou d'un bureau d'études de sol, s'il en existe un.
  • Les devis des travaux prescrits ou envisagés, qui servent de base à la négociation du prix.
  • Les factures et les attestations d'assurance des travaux déjà réalisés, et les échanges avec votre assureur.

Le DPE est-il obligatoire pour vendre une maison insalubre ?

Oui. L'état du bâtiment ne dispense d'aucun diagnostic : une maison insalubre ou fissurée doit avoir son DPE, son état des risques et les autres diagnostics que son âge et son équipement imposent, comme toute maison vendue. Le guide sur le dpe pour vendre une maison précise ce qui se passe s'il manque au moment de l'annonce ou de l'acte.

Une maison dégradée affiche souvent une étiquette F ou G. Cette note ne bloque pas la vente d'une maison occupée par son propriétaire ; elle pèse surtout sur un acheteur qui voudrait louer, puisque les logements les plus énergivores sortent progressivement du marché locatif.

À qui vendre une maison insalubre ou très dégradée ?

Un acheteur qui finance par un prêt bute souvent sur sa banque : un bien sous arrêté, inhabitable ou aux fondations douteuses inspire peu un établissement prêteur. Les candidats réalistes sont donc ceux qui paient sur leurs fonds propres et chiffrent eux-mêmes les travaux : investisseurs, artisans, particuliers qui rénovent. Choisir de vendre sa maison à un marchand de biens donne en général une réponse plus rapide, à un prix qui déduit les travaux et le risque.

Pesez enfin le coût de l'attente. Sous arrêté, la maison vacante ne peut pas être louée, l'astreinte peut courir et la taxe foncière continue. Comparez le prix proposé à ce que vous coûterait chaque mois de détention, et pas seulement au prix d'une maison saine du même quartier.

Comment nous avons établi ce guide

Nous avons lu, le 4 novembre 2026, les fiches de Service-Public sur l'habitat insalubre (F16158) et l'habitat menaçant ruine (F16104), toutes deux vérifiées le 12 juillet 2024, la fiche sur les risques encourus par le propriétaire (F289), la fiche générale sur la garantie des vices cachés (F11007) et l'actualité du 29 octobre 2025 sur l'arrêt de la Cour de cassation, ainsi que les pages de Géorisques sur l'information des acquéreurs et sur les chiffres clés des risques naturels.

Nous avons aussi relu les quatorze pages qui ressortent sur ces questions dans Google, dont les guides d'experts en fissures et de spécialistes des biens sous arrêté. Les décotes en pourcentage qu'on y lit ne citent aucune source : nous ne les reprenons pas, et le prix d'une maison sous arrêté se calcule à partir du devis des travaux prescrits.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui peut empêcher la vente d'une maison ?

Rarement l'état du bâtiment. Une vente bloque surtout quand un propriétaire refuse de signer (indivision, usufruit), quand une saisie est en cours, quand le prix ne couvre pas les dettes inscrites, ou quand un acheteur informé tardivement renonce. Une maison insalubre ou fissurée se vend, à condition de tout déclarer.

Est-ce qu'une fissure est un vice caché ?

Seulement si elle était déjà là au moment de la vente, que l'acheteur ne pouvait pas la voir et qu'elle rend la maison impropre à l'habitation ou en réduit fortement l'usage. Une fissure décrite dans le compromis, ou visible lors des visites, n'est pas un vice caché.

Quand un logement est-il considéré comme insalubre ?

Quand il présente un danger ou un risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes, du fait de son état ou de ses conditions d'occupation, qu'il soit vacant ou non. La situation est constatée par l'agence régionale de santé ou le service communal d'hygiène, puis le préfet prend un arrêté.

Quelle différence entre arrêté de péril et arrêté de mise en sécurité ?

C'est la même procédure sous un nouveau nom : l'ordonnance du 16 septembre 2020 a remplacé la procédure de péril par la mise en sécurité. Elle relève du maire et vise les bâtiments qui menacent ruine.

Peut-on louer une maison sous arrêté en attendant de la vendre ?

Non. À partir de la notification d'un arrêté d'insalubrité ou de mise en sécurité, les locaux vacants ne peuvent être ni loués ni occupés. Percevoir un loyer malgré l'arrêté expose à 3 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende ; refuser sans motif d'exécuter les travaux, à 1 an et 50 000 €.

Sources

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